mercredi 11 avril 2018

Interview WARKULT

Haaaaa, la Normandie, ses vaches au beurre, ses près d'herbe verte au beurre, ses villages au beurre, ses pommiers au calva au beurre, ses pluies enrichies de beurre et de calva, ses bords de mer sentant bon l'iode au beurre... et ses groupes, multitudes de partout (mais pas tous au beurre, faut pas déconner non plus...). WARKULT en est, doit sentir le beurre chaud et le calva (ou pas...) et surtout balance la sauce, la saucière et la cuisinière avec, directement dans ta face. Les voici, après un super Ep nommé The wrong Mood, un petit brûlot au beurre de 5 titres plein de vigueur, avec une interview riche en émotion et autre.



1- Bonjour à vous, gens guillerets, ménestrels excités ! Comment allez-vous ? Allez, présentez simplement Warkult, avec des schémas, des chiffres et des tableaux (les gens aiment les tableaux).

Salut à vous, joyeux drilles de Margoth PDF ! Warkult se compose de 5 personnes à l’heure actuelle : Bertrand (aka Berdoune) au chant depuis 2002, Guillaume (aka Guigui) à la basse depuis 2010, Pierre (aka Emynona Ruengies) à la batterie depuis 2006, et Romain et Sacha que nous venons tout juste d’intégrer à la guitare depuis mars 2018, c’est donc tout frais. On cherche encore leurs surnoms… ;-)
Beaucoup de guitaristes se sont succédés ces derniers temps dans Warkult. Nous avions Touni avec nous depuis 2009 mais il est parti vers Limoges… Il continue de proposer des compositions que nous intégrons dans notre set. Seb également, qui a été guitariste avec nous de 2008 jusqu’à 2017, et qui a apporté des compos qui ont forgé l’identité musicale actuelle du groupe. Léon et Antoine ont aussi été un renfort non négligeable sur scène.
Nous jouons du metal extrême oscillant entre le thrash, le death et le black, sur des tempi rapides et avec de nombreux breaks.

2- Warkult… quels mystères se cachent derrière ce nom ? Est-ce pour dire que les guerres ça craint (heu… ne serait-ce pas alors warsuck le nom?) ? Plutôt une approche genre ‘la guerre putain, la guerre’ !!? Ou non, c’est beaucoup plus subtil, comme le montre le tableau n°5 de votre présentation en power-point ? Ne serait pas aussi un clin d’œil à un groupe ou une scène musicale, renvoyant par la thématique à un culte guerrier ?

Warkult est le culte de « la guerre aux cultes de la guerre », à savoir l’obscurantisme sous toutes ses formes, qu’elles soient religieuses, étatiques ou culturelles. C’est en 2001 que les « Pères Fondateurs » ont choisi ce nom après avoir évolué un temps en tant que Berserk.
Nous avions songé ces dernières années à changer de nom afin de recréer une identité neuve et plus moderne ; nous avons eu quelques passages sur scène sous le nom poétique de Nacht Butcher (et on va laisser les linguistes faire tranquillement leur boulot pour traduire ce que ça veut dire… Indice : allemand et anglais… vous allez voir c’est subtil ^^ ) puis finalement, après le départ de Seb, nous avons repris notre identité primaire, à savoir Warkult. On commençait à en avoir marre de se présenter comme « Nacht Butcher… tu sais, on s’appelait Warkult avant... mais si, tu connais ! »
Bref Warkult, c’est notre identité profonde et c’est comme ça que les normands nous connaissent.

                     

3- Vous jouez clairement du metal extrême. Ça va dans tous les sens (Tant que ça déboîte… me dit mamie). Il me semble que votre approche, c’est un peu ‘on s’en fout du style. Tant que ça bute...’. Vous avez connu une certaine valse de guitaristes, aux influences diverses, qui est une des origines de cet écart entre différents styles (ceux qui cherchent : black, thrash et death) mais il semble pointer, insidieusement, autre chose, quelque chose de plus complexe… Quoi qu’est-ce donc ?

Comme tu le pressens, on s’en fiche un peu du style tant que ça envoie, et le plus important : que c’est bien exécuté. Il y a majoritairement deux influences dans notre EP : celle de Seb, plus thrash et rythmique, et celle de Touni, plutôt death et harmonique. On laisse les longueurs de coté, on coupe, on fait du « direct et efficace » avec peu de fioritures. Pourtant c’est loin d’être simple, chaque riff a une voire plusieurs variantes et plusieurs harmonisations possibles. C’est rempli de petits détails rythmiques et les structures sont plus complexes qu’un simple refrain/couplet. On ne cherche pas la difficulté ni à faire du metal technique, mais on aime bien des titres bien travaillés, non linéaires et percutants.

4- Vers quoi souhaitez-vous vraiment allez (la direction musicale, pas nord, sud ou est… ni un lieu défini (et surtout pas un lieu commun)… hum, je m’égare…) ? Tendez-vous vers une bestialité contenue sauf des fois, on lâche la bride et hop, en roue libre ? Une veine plus death ou un mix blackened death thrash ? Ou non, vous préparez les gens à autre chose… de plus vicieux (bande de pervers!) ?

Ce qui nous intéresse, c’est une musique brutale, travaillée et maîtrisée sur le plan technique sans en mettre plein la vue non plus. Des titres assez courts afin que le public ne se lasse pas lors de nos sets, des ambiances différentes d’un titre à l’autre avec des identités marquées. Ce qui fait un de nos attraits, c’est la variété de jeu que nous apportons. On passe par beaucoup de registres musicaux et en concert ça donne un set où le titre N+1 ne ressemble pas au titre N.
Nous travaillons notre style principalement avec les influences de chacun. Lorsque nous recrutons un musicien, il apporte sa signature stylistique avec lui et nous l’intégrons. Warkult est un peu un navire qui évolue au gré du vent, mais quoi qu’il se passe, le vent soufflera toujours fort !

                   




5- Sous des textes assez cinglants vous tapez sur les travers de notre société et du milieu musical qui nous plaît (du moins, dans votre ep The wrong mood que se doivent d’acquérir les gens… va falloir faire des prêts…). Est-ce finalement plus ça le concept de Warkult : secouer les consciences brutalement ?

Warkult est assez revendicatif sur ce plan-là, sans être particulièrement engagé non plus. Disons que nous sommes critiques avec l’image du monde telle qu’elle nous est renvoyée. Secouer les consciences à une époque où peu de gens réfléchissent par eux-même est peine perdue, donc nous n’espérons pas élever les consciences simplement avec nos textes, cela serait présomptueux. Non, nous parlons de ce qui nous intéresse, de ce que nous observons, de ce qui nous atteint dans notre monde.
C’est assez curieux d’ailleurs, d’observer que de plus en plus de groupes - de tous styles d’ailleurs - dénoncent le monde dans lequel nous vivons, et qu’il devient de pire en pire car nos consciences s’engluent dans un réactivisme primaire et instinctif de bas niveau. Plus nous avons des outils pour communiquer, plus nous communiquons mal et sur des futilités. C’est étrange, mais nous pensons que ce qui intéresse le plus le genre humain, c’est « du pain et des jeux ». Réfléchir est une option pour beaucoup de personnes.

6- Quelles sont les influences qui sont en circulation dans le groupe ? Y’en a t-il une ou deux douteuses (voir même honteuses que vous allez révéler mais ça restera entre nous, sur le blog) ? Certaines sont-elles l’origine de la colère et l’agressivité dans le chant de Bertrand ? D’ailleurs, quelles sont ses influences ( je pense que je peux faire une croix sur Bernard Minet…) ?

Le spectre de nos écoutes est large. Metal en tout genre, de toutes époques, de la musique classique, de l’électro, dubstep, de la variété… Des influences majeures sur notre jeu, notre style ? Death, Machine Head, Behemoth, Emperor, Marduk, Kreator, Immolation, Morbid Angel...

7- Qu’est-ce qui vous énerve dans la vie de tous les jours ? Est-ce que ça peut déborder (sûrement…) sur votre musique ?

Les gens qui racontent n’importe quoi sans vérifier, sans réfléchir à la cohérence de leurs arguments, qui sont persuadés d’avoir raison et qui, en plus de cela, cherchent à te le démontrer avec des arguments foireux.
Les réseaux sociaux et la cohorte de conneries qu’ils véhiculent.
L’individualisme rampant de la société dite « civilisée ».
Les inégalités flagrantes, le fait qu’on veuille tout changer mais que rien ne change.
Le monde des écrans, qui nous impose son mode de pensée et sa philosophie de plus en plus crasse, mais dont chacun se délecte.
Le manque de culture et d’éducation, l’irrespect, la violence pour dire « Ta gueule j’ai raison » alors que non.
La mise en scène individuelle, la mise en valeur de chacun sur Internet, on n’existe que pour se regarder dans un miroir, c’est bien triste…

Oui, tout cela nous énerve, nous atteint, nous fait réfléchir et nous influence dans notre musique, nos paroles.

8- Pourquoi (oui, une question courte et chiante en même temps par moment, c’est bien…) ?

Pourquoi pas ?
Réponse : NON.

9- Quels groupes gravitent autour de Dieppe et qui serait bon de connaître ? Existe-t-il une scène locale qu’elle est bien (ou qu’elle pue, c’est aussi une possibilité) ? Il y a moult groupes normands qui défouraillent. Pensez-vous que ce sont nos origines (oui, je suis un normand pur beurre) ? Pensez-vous que le courant musical que je souhaite lancer, le deaf metal, aurait du succès ?

On va citer quelques copains avec lesquels on se croise régulièrement… SubstanS, Noein, DCA, Dry My Tears, Stabwound, Skies May Ignite, Prophecy Of Apocalype, Evolution Zero, Meline, Eyestral… La scène normande fourmille de bons groupes actifs ! Le deaf metal… tu dis cela par rapport à la prononciation bizarre des normands ? Ou tu as une autre idée derrière la tête (ou ailleurs ? )

10- a) Êtes-vous pour ou contre l’euthanasie des hot-dogs avant cuisson ? Peut-être
    - b) En êtes-vous certain ? P’têt ben qu’oui.
    - c) Et oserai-je évoquer le sujet sulfureux et polémique des kebabs ? P’têt ben qu’non.

11- Pourquoi être aussi agressifs dans votre propos musical ? Ne serait-ce pas un moyen d’attirer à vous de l’attention ? Peut-on espérer un jour un featuring avec Calogero (je voulais proposer Johnny Hallyday mais c’est trop tard…) ? Quel(s) artiste(s) vous insupporte(nt) ?

L’agressivité musicale est à l’opposé des personnes que nous sommes : calmes et posés, et pas agressifs justement. C’est peut-être un exutoire, une façon d’exprimer tout ce qui ne peut pas être dit au quotidien, une façon d’évacuer la rage qui nous anime parfois. On pourrait faire du sport, mais on préfère créer et partager : ça s’appelle la musique, et le metal plus particulièrement se prête bien à cet état d’esprit. Pour ceux qui nous insupportent, il suffit de jeter une oreille sur les grandes audiences populaires de Youtube et autres vecteurs modernes d’inculture, et tout est dit.

12- Que pensent votre famille et votre entourage de vos talents de ménestrels ? Sont-ils fascinés, fans ou plutôt prêt à remonter le temps pour vous dénoncer à l’inquisition ? Sont-ils plutôt des personnes avec des regards différents amenant des avis éclairés sur ce que vous pourriez proposer ?

Les avis sont très variés dans nos entourages. Nous avons des proches qui se sentent concernés et qui s’intéressent, et d’autres qui ignorent complètement ce que nous faisons. Nous ne nous sentons pas particulièrement investis de la mission d’aller convaincre nos familles. Nous préférons convaincre notre public, c’est plus objectif quand ce sont des metalleux qui disent qu’ils nous apprécient que quand ce sont nos mamans (même si on aime bien quand même, en fait ! )


13- Quels sont vos métiers et passions dans la vie (outre Warkult, bien évidemment…) ? Des amateurs de Bingo, de bongo, du Congo, de café Malongo… ? Des collectionneurs de pièces de puzzles ?

La lecture, les séries, les sorties en famille, la fiesta tous ensemble, faire du bricolage dans nos maisons (sauf Guigui il n’aime pas), aller en boite bourrés, aller regarder passer les trains (« à huit heures je vous ramènerai » celui qui comprend celle-là est un champion…), la cuisine à l’ail, les jeux vidéos, LA RACLETTE !!!, discuter et refaire le monde au bar, zoner devant le PC en s’emmerdant, poser du placo… Bref, la vie ! Nos métiers ? Eh bien on évolue dans le milieu scolaire… Ca inspire aussi, ça, tiens...

14- Est-ce facile de pouvoir concilier le tout ? Avez-vous des opportunités de faire des dates vers nos voisins belges (ça me paraît le pays le plus proche, accessible avec un bon véhicule équipé d’un moteur et de roues) ?

Rien n’est jamais simple, surtout avec un métier et des familles (parfois recomposées ! ) à gérer. Il faut s’organiser. Pour l’instant les dates se font attendre. Mais si on a une opportunité, on tente toujours de dégager des créneaux ! On est prêts à aller un peu partout pourvu que ce soit des dates intéressantes. On en a un peu marre des petits bars (bien sympas au demeurant, ce n’est pas une critique) dans lequel on n’a pas de place et où on joue sur un timbre-poste avec un système son apocalyptique.

15- On arrive bientôt à la période des festivals. Entre le Hellfest, le Sylak fest, Moshfest (lui, il est cool), Motocultor, Download… que pensez-vous de cette prolifération de festivals et avez-vous l’impression que certains partent vraiment en couille (sans citer de noms…) ? Trop de festivals tue le festival ? Finalement, rien ne vaut-il un petit festival pépère underground (coucou le Moshfest!!) ?

Sur les festivals, les avis divergent. Certains aiment bien les grandes structures, ce sont des occasions particulières de rencontrer du monde, de voir énormément de groupe connus - voire mythiques - mais c’est parfois un peu l’usine. Un petit festival local est toujours sympa, on est quasiment entre potes… C’est sur cette formule-là qu’on aimerait évoluer désormais, sur des petits festivals d’été en France et Belgique.

16- Abordant ce thème ici même, on est sûrement d’accord qu’il y a des personnes allant à ces festivals (je pense aux grands festivals) dont on se demande la raison de leur présence (tourisme ? GPS défaillant ? Pari perdu ?…). Ce qui nous amène à parler du problème récurrent des poseurs… Perso, c’est le genre de personne qui me gave, et un peu creuse dans ses propos car généralement ne maîtrisant rien dans ce qu’elle est sensé aimé (musicalement je parle). Et vous, qu’en est-il de votre opinion ? N’avez-vous pas une méthode efficace pour les faire disparaître (insecticide, lancés de cd de Jul, arrosage avec dissolvant… ?

Des poseurs, il y en a toujours eu. Certains sont même devenus des musiciens intéressants et reconnus par la suite ! Un jeune qui ne connaît pas grand-chose peut facilement passer pour un poseur au moment où il commence à s’intéresser, tout le monde n’a pas forcément la même approche de la musique. Ce n’est pas cela que nous dénonçons.
Mais un gars qui va s’arc-bouter sur un style extrême sans chercher à le comprendre, juste par esprit de contradiction par rapport à son entourage mais qui ne n’y entend rien, il passera vite à autre chose. Les gens qui veulent juste se la jouer en se disant « Ouech t’as vu, je suis trop genre metal lol », il suffit de les ignorer et le tour est joué. Ca leur passera avec le temps.
Après il y a aussi un public de curieux ouverts d’esprit, un public d’amateurs de festoches, du moment que ça fait la fête et que ça s’ambiance... On peut comprendre que des gens cherchent un état d’esprit positif et sympathique même sans rien comprendre à la musique.

17- Merci à vous d’avoir accepté de jouer le jeu de répondre à mes questions, dans la pertinence n’est pas à douter (ou bien si en fait…). C’est à vous de conclure cette interview !

Nous remercions sincèrement Margoth PDF pour sa bonne humeur et sa sympathie, et aussi pour l’intérêt que vous portez à Warkult. Merci à vous pour partager toutes vos découvertes et nous espérons un jour vous rencontrer sur scène ou dans un bar !
Enjoy !

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