mardi 10 janvier 2017

INTERVIEW DE MEZCLA

Après une grosse claque bien forte dans la gueule à l'écoute de l’excellent "Metalmorfosis" de Mezcla et une forte envie d'en savoir un peu plus et d'éclaircir des mystères peut-être mystiques, je me suis dit 'Tiens, si on se collait à interviewer le groupe?'. Transmission au boss de Music Records et hop, la voici, toute fraîche, rien que pour vous. Alexis, accompagné de Guillaume, Thibaud et Geoffroy ont courageusement affronté mes questions et apporté lumière et compréhension (hum... ça fait secte ça, non?). Ce soir, brûlez un cierge ou sifflez une bière à leur honneur! - Benoit



  1. Bonjour à vous ! Comment ça va ? Bien et tout ? Bon, on va commencer par la traditionnelle présentation du groupe : qui, quand, où, pourquoi, avec qui, chez qui… Genre en concentré encyclopédique.

Alexis : Le projet est né de la rencontre entre Geoffroy Garraut (guitare) et moi-même, Alexis Munoz (chant/guitare), en 2003. Nous souhaitions principalement faire des compositions dans un registre death metal métissé avec du flamenco et beaucoup de mélodies. Des ennuis de line-up ont entravé l'évolution du projet pendant plusieurs années au cours desquelles bassistes et batteurs se sont succédés, pour enfin trouver un équilibre en 2008. Il en découle un premier 4 titres intitulé « Hermanos de Sangre ». En 2011, sortie de « Salir sin Pagar », un premier album suivit de nombreux concerts. 2012 connaît un changement complet de la section rythmique avec l’arrivée de Guillaume Poyet à la basse, et Thibaud Fernel à la batterie ; puis la sortie d'un album acoustique en 2014. Ce disque nous permet d'affirmer très clairement nos influences hispaniques. Enfin un nouvel album de death metal intitulé « Metalmorfosis » sort fin 2016, chez notre label Music Records.

2- Pourquoi avoir choisi ce nom ? La signification du mot (mélange, en français) fait quand même peu metal comme nom. Ne serait-ce pas aussi un choix de par la prononciation du mot qui le fait ? Ou est-ce simplement pour faire simple et se démarquer des autres noms ?

Alexis : Ta question contient une bonne partie des réponses. Le mot "mezcla" se prononce effectivement facilement dans tous les pays et il est court et se termine par une sonorité ouverte. Par ailleurs il n'a pas de connotation stylistique ce qui nous permet de pouvoir intégrer les influences que nous souhaitons sans en avoir de scrupule.

3- Tiens, d’ailleurs, comment est venue cette idée de mixé flamenco et death ? Une envie de pouvoir vous torturer les doigts tout en offrant une approche peu usitée (ça claque comme phrase, hein!) dans le genre ?

Alexis: Bien inspiré ! Ca claque plutôt bien ta formule. Cependant, cette envie de mélange est venue tout à fait naturellement car je suis à l'origine du projet et l'Espagne est le pays natal de ma mère. Par conséquent, je maîtrise assez bien la langue castillane et j'ai étudié le flamenco pendant plusieurs années.

4- A ma connaissance, le seul autre groupe qui ose un mélange musique hispanique et death brutal, c’est Impureza. Est-ce aussi une sorte d’hommage au groupe (sous un angle très particulier), une façon de leur dire ‘Hé mecs, vous n’êtes plus seuls !’ ou non, pas du tout, erreur de ma part ? En plus, c’est assez couillon, je ne pipe pas un mot d’espagnol...

Alexis: Non, absolument pas. Impureza ne nous a jamais influencé d'aucune façon. Ce n'est qu'après un de nos concerts en 2009 que j'ai appris leur existence en parlant avec quelqu’un.

Thibaud : C’est marrant on est rentré en contact il y a quelques temps, en fait les deux formations se sont formées à peu près au même moment mais ils ont décollés plus vite que nous. Donc coïncidence pour le style, après le mélange metal/flamenco est tellement intéressant que c’est pas étonnant qu’au moins deux groupes s’y soient penchés. J’adore ce qu’ils font, c’est plus brutal que Mezcla et le mélange metal/flamenco est peut-être plus évident à l’oreille chez eux, mais pour l’instant on a fait le choix de plus s’en servir comme d’une teinte et pas comme une véritable fusion.

5- Comment faites-vous pour construire les morceaux, le flamenco et le death étant fort éloignés l’un de l’autre. Existe-t-il des liens totalement insoupçonnés du commun des mortels ? Le flamenco ne véhiculerait-il pas des idées ou des atmosphères pas si différentes que ça du death ?

Alexis: Le flamenco et le death paraissent effectivement très éloignés. Il y a néanmoins certains points communs entre les deux: la violence, la mélancolie et des voix qui vont du lyrisme le plus éloquent jusqu'aux registres les plus sauvages et gutturaux que l'on puisse imaginer.

6- D’ailleurs, pouvez-vous expliquer un peu plus ce qu’est le flamenco et ce qu’il apporte pour vous à votre musique (wouah, la question vache!!) ?

Alexis: Le flamenco a des origines très lointaines pourtant le style actuel n’existe que depuis a peu près 150 ans. Avec les différentes évolutions qu’il a connues, et notamment dans les années 70 avec des artistes comme Paco de Lucia et bien d'autres, on peut presque qualifier le flamenco de musique actuelle malgré ses racines traditionnelles. Il vient d'ailleurs d'un mélange complexe qui intègre des influences arabes et juives. L'apport de cette influence dans Mezcla se ressent dans le choix des gammes utilisées (le phrygien majeur ou mineur par exemple) et il nous donne une identité qui nous est propre. Notre album « ¿La Victoria de la Vida ? » le prouve d'ailleurs de façon incontestable.

7- Votre album et entièrement chanté en espagnol (sauf un titre sur lequel je vais revenir). Pourquoi ce choix, fort inhabituel dans nos contrées (parce que oui, ami(e) lecteur(rice), passé les Pyrénées, il y a moult groupes chantant en espagnol dans des registres vigoureux : Entrophobia, Violent headhache, Absemia et bien d’autres…). Est-ce plus facile pour Alexis de pouvoir s’exprimer sans se mettre de contraintes ?

Alexis: L'espagnol est ma langue maternelle et c'est également celle du concept du groupe. En plus, comme tu l'as dit, il y a peu de formations qui chantent dans cette langue dans nos contrées.



8- En plein milieu de l’album, il y a Entomofobia. Un morceau complètement à part, qui nous emmène ailleurs, et trop court à mon avis. Quelle est son origine et pourquoi faire si court, alors que l’on sent qu’il y a derrière tout un monde ? Cette frustration est-elle volontaire ? Ne seriez-vous donc qu’une bande de petits canailloux (la question Darry Cowl…) ?

Alexis: Le titre dont tu parles est un interlude, il est donc volontairement court et conçu comme un petit labyrinthe qui mène à la deuxième partie de l'album. Trois artistes étrangers à Mezcla y ont participé et je tiens à leur rendre hommage. Il s'agit de Catalina Jimenez (chanteuse de flamenco), Elise Gendraud (chanteuse lyrique) et de Sébastien Beau (clavieriste/arrangeur officiant avec Thibaud dans le groupe Truth About Elmore).

Thibaud : En fait je crois que c’était assez naturel pour nous de finir là le morceau. On a dans la tête pas mal d’interlude de ce genre qui parsèment nos albums de death préférés, qui sont courts aussi mais remplissent bien leur objectif d’aérer à un moment où on ne s’y attend pas forcément. Si le titre dure trop, on peut perdre un peu de cohérence sur l’ensemble de l’album pour moi. Donc oui, nous sommes une bande de petits canailloux.

9 – On va évoquer le ou les thèmes abordés dans l’album. On sent bien que, contrairement au nom, là on est en plein dans un ou des domaines qui sont propres au metal. Le titre L’usurpateur, le seul chanté en français (tiens, pourquoi ? Quel étrange mystère derrière?) évoque clairement le monde des sodomites de la finance et des ‘puissants’. Et du coup, j’en viens à me demander s’il n’y aurait finalement pas un fil rouge derrière tout ça et une critique assez acerbe de notre société ?

Alexis: « L’Usurpateur » m'est d'abord venu en français et j'avais particulièrement envie qu'il soit compris par les autochtones. En outre les premiers textes de Mezcla avaient été écrits en français mais sans jamais avoir été enregistrés, à part sur des démos. Je suis plutôt content d'avoir retenté le coup sur cet album car cela à l'air de faire plaisir à beaucoup de nos auditeurs.

Guillaume : La fin de ta question est assez intéressante car même pour nous, l’interprétation reste libre. Personnellement j'y vois un fil rouge et un moyen d'exprimer mon ressenti vis-à-vis du fonctionnement de notre société, de ses aberrations et incohérences. Nous ne voulons cependant pas être des donneurs de leçons, il faut plutôt voir cela comme un constat.

10- Finalement, ne seriez-vous pas une espèce d’entité musicale protéiforme ? Une sorte d’évolution musicale identitaire ?

Alexis: Protéiforme, je l'espère. Je l'ai dit précédemment, si notre groupe porte ce nom c'est bel et bien pour rester ouverts à toute les influences même si les principales, pour l'instant, sont le metal et le flamenco.

Thibaud : C’est important d’avoir une identité de groupe un peu à part, un truc qui fait qu’on sonne un tant soit peu différent d’un autre surtout vu le nombre de groupes qu’il y a.

11- Plus individuellement, quels sont les goûts musicaux de chacun d’entre vous ? Détenez-vous des choses surprenantes secrètes (mais point honteuses, on n’est pas un blog people, non mais ho, quoi!) que vous allez joyeusement déballer ici ?

Alexis: Pour ma part, j'ai de moins en moins de tabous d'un point de vue musical. J'adore les morceaux qui me transportent et il y en a dans tous les styles. J'ai par exemple, dans mes favoris YouTube, une chanson intitulé « Eye in the Sky » interprétée par la chanteuse Noa et j'adore l'écouter régulièrement car elle me ressource. Particulièrement la version live.

Geoffroy : J’écoute toutes sortes de musiques (blues, country, rock, pop, world) en plus du metal, évidemment. J’aime tout particulièrement les groupes Depeche mode, Creedence Clearwater Revival, Muse, Peter Gabriel, Yes, et j’apprécie de plus en plus les groupes où les artistes épurent leur musique au maximum, comme Brigitte ou Camille, ou la fusionnent habilement comme Ibrahim Maalouf. Mais ne vous y trompez pas je suis un fan inconditionnel d’Iron Maiden, Megadeth, Death , Arch Enemy et Metallica première génération!

Guillaume : Le thrash et le death sont mes styles favoris mais j'écoute également beaucoup d'heavy, prog, stoner etc. Dans des esthétiques complètement différentes je suis un grand fan de funk, dub et de synthwave, cela permet me de varier un peu les ambiances et de trouver de nouvelles idées de compositions.

Thibaud : Je suis plutôt branché death metal à la base, mais amateur également de rock progressif (King Crimson, Yes, Genesis, Rush, Gentle Giant…), un peu de jazz aussi (Miles Davis, John Coltrane, Herbie Hancock…).

12- Tiens d’ailleurs, puisque l’on parle de goûts musicaux mais qu’il n’y a pas que ça, quels sont-ils en littérature et cinéma ? Ont-ils un lien, un impact sur votre musique ou du tout, car l’un de vous a des goûts très pointus, notamment l’œuvre de Ján Kadár, illustre réalisateur tchèque des années 60 ?

Geoffroy : Je suis fan de bandes dessinées, de comics Us, de mangas. En fait, j’aime la S.F., l’heroic-fantasy et les super héros. Je lis aussi Dan Brown, J.R.R.Tolkien, Frank Herbert, Ira Levin. En ce qui concerne le cinéma, j’adore les « blockbusters » de bonnes facture mais je vais aussi voir des comédies, des films d’aventure, des drames, je penses notamment à « le dernier loup » de Jean Jacques Annaud mais aussi des documentaires comme le film « les Saisons ».

Thibaud : J’adore la science-fiction et le fantastique, mais je suis pas certains que ça ai une influence quelconque sur la musique de Mezcla.

Guillaume : J'aime beaucoup la filmographie de Gaspard Noé, Kubrick ou alors les films de Dupontel, même si cela ne m'impacte pas vraiment dans ma façon de jouer. Je suis également féru d'Heroic Fantasy, regarde beaucoup de séries et aime passer du temps à lire les comics de la bibliothèque de Geoffroy.

13- a) Hahahahaha ! Vous vous demandez qui est ce type ?

Thibaud : Inconnu au bataillon, mais merci de la découverte !

13- b) Que pensent vos proches de Mezcla ? Sont-ils des fans de premier ordre ou vous observent-ils depuis l’autre bout des pièces, d’un regard inquisiteur qui fait craindre un usage de substances pas très légales en masse ou d’une terreur pure ?

Geoffroy : Ils nous soutiennent énormément, mais ils font aussi preuve d’esprit critique, et tout cela participe au fait que nous soyons en continuelle progression.

Thibaud : En général ils préfèrent le set acoustique, ça « gueule » moins ! Non malgré tout ils nous soutiennent à longueurs de journées avec notre musique de tarés, et rien que pour ça je les admire.

Guillaume : C'est vrai que le set acoustique a tendance à être préféré pour les raisons données par Thibaud mais la version metal plaît beaucoup également, on a la chance d'être bien soutenu par nos amis et famille. C'est très important pour nous.

13- c) Gérez-vous facilement le stress des complaintes des pauvres hères qui pullulent aux feux tricolores ?

Geoffroy : Oui, oui sans problème ! (rire)

Thibaud : Joker.

14- Comment faites-vous pour l’aspect live avec une telle musique ? Avez-vous recours aux samples ou non, ho, hé, z’êtes des warriors et vous kiffez la difficulté ?!

Thibaud : Pas de samples en live, du moins pour l’instant. On a réarrangé un peu les parties qui en avaient besoin, après ça pourrait être intéressant quand même à l’avenir d’avoir les guitares acoustiques sur scène ou samplés.

Guillaume : On a essayé de faire en sorte que l'album puisse être intégralement restitué sur scène sans sample, nous permettant de le jouer dans n'importe quelle condition et de ne pas avoir à sacrifier certaines parties. On est des warriors !

15- Quels sont les futurs projets de Mezcla ? Des tournées de prévues ?

Guillaume : Pour l’instant l’objectif est de promouvoir le plus possible le nouvel album en live. On vient de signer depuis peu de signer avec Music-Records, qui s’occupent entre autre de notre booking, donc bientôt de nouvelles dates et peut-être des tournées à la clé ! Nous allons également nous remettre à composer de nouveaux morceaux lorsque le bon moment sera venu.

16- Concilier vie privée – vie professionnelle – Mezcla doit demander quand même une sacré organisation. Est-ce une bataille de tous les instants (un peu comme les batailles d’un des films « Le Seigneur des Anneaux ») ou non, c’est plus cool, chacun décide en discutant (mais seul le plus fort l’emporte, un peu comme avec Hulk) car il n’y a pas vraiment de leader (mais quand même, y’en a un qui clôt le débat) ?

Alexis: Concilier la vie privée et la musique implique des choix parfois délicats. Mais à part pour ma santé, c'est la musique qui a la priorité sur tout autre élément. Je crois que sur ce sujet personne d'entre nous quatre ne clôt le débat, nous voulons jouer le plus possible avec la seule condition que cela se fasse dans des modalités respectueuses.

Geoffroy : Il faut effectivement une énorme organisation, d’une part pour concilier les emplois du temps de tous le monde, et d’autre part pour faire face aux imprévus !

Thibaud : C’est pas toujours simple de s’organiser mais on s’en sort pas trop mal je crois. Il y a quelques débats un peu longs parfois, en général ça se clôt simplement quand on a plus le temps de discuter sur le sujet, et on suit celui qui a l’idée la plus censée !

Guillaume : Notre activité professionnelle et parcours scolaires tournent principalement autour de la musique nous permettent de nous organiser « plus facilement » même s'il faut parfois faire quelques sacrifices, mais bon c'est le quotidien de tout groupe au final.
En général lorsqu'un débat futile tourne trop longtemps, Thibaud lance le décompte du prochain morceau et on le clôt immédiatement pour ne pas perdre de temps et se remettre à jouer.

17- Merci à vous d’avoir pris le temps de répondre à ces quelques questions. Le dernier mot est à vous !

Tous : Nous te remercions beaucoup pour ta chronique et pour le temps que tu nous as accordé sur cette interview, il est très important d'avoir des moyens comme celui-ci pour permettre aux groupes de s'exprimer ! A bientôt, peut-être sur un concert ?


Contact: facebook, www.mezcla.fr

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